La déchirure libanaise; Nadine Picaudou

-Le premier incident survenu au Liban remonte au 6 mai 1967, un mois presque jour pour jour avant l’offensive israélienne de juin ; ce jour-là, un commando palestinien de retour d’Israël est arrêté sur le territoire libanais. L’événement aurait pu passer inaperçu mais il revêt a posteriori un relief d’autant plus grand qu’une semaine plus tard un combattant palestinien tombe sous les balles de l’armée libanaise. La résistance lui fait des funérailles grandioses au camp d’Aïn el-Heloué proche de Saïda. En tête du cortège marche Kamal Joumblatt, le chef du PSP, venu affirmer la solidarité politique de la gauche libanaise avec la résistance palestinienne. [p. 116].

-De nouveaux combats entre l’armée et la résistance éclatent en mai 1973 et cette fois  ce n’est plus le chéhabiste Charles Hélou mais l’homme fort des maronites, Sleiman Frangié, qui est au pouvoir et prend l’initiative de faire bombarder les camps de réfugiés. Il se voit pourtant contraint de signer le 17 mai les accords de Melkart, confirmation de ceux du Caire. Car l’homme fort des maronites est aussi l’homme de la Syrie et les pressions de Damas en faveur de la résistance se sont une fois de plus avérées décisives dans l’issue des affrontements. Avec une résistance palestinienne solidement implantée sur le sol libanais dans un face-à-face incertain avec un Etat fragilisé, le nouveau président syrien Hafez el-Assad dispose dorénavant d’un prétexte commode et d’un instrument direct pour intervenir dans la vie politique libanaise. [p. 120].

-En 1974, au Liban, les milices intensifient leur entraînement militaire et Kamal Joumblatt dénonce la passivité du gouvernement face à l’armement de la droite chrétienne favorisé par certaines complicités dans l’armée. [p. 121].

-Fort de l’appui américain pourtant, le nouveau président s’attache à reconstruire un pays qui veut croire que la fin de ses malheurs est arrivée. Son premier souci reste le retour à l’unité nationale et à l’automne 1982 plus encore qu’au printemps 1977, la volonté de normalisation se nourrit de symboles. On rouvre solennellement les voies de passage entre l’Est et l’Ouest de la capitale, un défilé militaire sera même organisé au carrefour du Musée. [p. 185].

-Le renforcement de l’armée et des Forces de Sécurité Intérieure joue un rôle essentiel dans la politique d’Amin Gemayel : accroissement des effectifs, appel à la conscription, remplacement des officiers supérieurs, aide militaire américaine, autant de mesures qui cherchent à faire de la nouvelle armée libanaise la garante du maintien de l’ordre mais aussi le symbole de l’unité nationale retrouvée. [p. 185].

-Sur le terrain des heurts violents se sont produits à Beyrouth-Ouest dès l’automne 1982, quand l’armée libanaise, sous prétexte de « pacification », a complété l’œuvre entreprise par l’armée israélienne moins d’un mois auparavant : perquisitions, recherche de stocks d’armes, arrestations massives d’opposants ou démolition de l’habitat illégal qui avait fleuri à la faveur des troubles. Dans le quartier d’Ouzaï, au Sud de la capitale, la répression armée d’une manifestation de protestation a fait 3 morts le 16 octobre. [p. 188].

-C’est dans le Chouf à l’automne 1983 que le pouvoir libanais connaît son premier revers décisif. Le retrait unilatéral des forces israéliennes à partir du 3 septembre apparaît comme un véritable « cadeau » fait à la Syrie et à l’opposition libanaise. Les israéliens n’auraient pas fait mieux s’ils avaient expressément voulu relancer les affrontements et empêcher le retour à l’unité nationale. Depuis son entrée dans la région en juin 1982, Jérusalem a mené une politique pour le moins ambiguë. Ce sont des unités druzes de l’armée israélienne qui ont d’abord pénétré dans le Chouf où l’état-major a pris soin de nommer un gouverneur militaire druze. On sait qu’aux termes de la loi israélienne les druzes sont distingués des « Arabes de Palestine » et qu’à ce titre ils sont soumis au service militaire. Dans le Chouf, Israël a incontestablement voulu faire jouer à son profit la légendaire solidarité druze. Toutefois dès son arrivée, Tsahal a délibérément laissé s’implanter au cœur même du bastion druze des éléments des Forces Libanaises comme pour régler le scénario des affrontements futurs. Des rumeurs de massacres n’ont pas tardé à circuler qui ne seront confirmées que plus tard. En attendant Jérusalem arme les deux camps et Walid Joumblatt a reconnu plus tard que les israéliens avaient fait à plusieurs reprises des ouvertures dans sa direction, peut-être sur la base d’une [p. 194] autonomie des druzes du Liban. Quoi qu’il en soit, les conditions d’un bain de sang sont en place lorsque Tsahal amorce son retrait dans les premiers jours de septembre. La milice du PSP soutenue par les partis de gauche se heurte aux Forces Libanaises ainsi qu’à l’armée légale du pays. 20000 chrétiens trouvent refuge dans le bourg maronite de Deir el-Kamar avec 3000 combattants des Forces Libanaises et la milice druze met le siège devant la ville avec l’aide des syriens. Forte de sa victoire, sinon de sa vengeance, la milice du PSP fait reculer l’armée libanaise jusqu’à Souk el-Gharb [p. 195] où celle-ci ne doit le maintien de ses positions qu’au bombardement des positions druzes par le navire américain New-Jersey qui croise au large. Souk el-Gharb est en effet le dernier obstacle à la jonction entre les forces druzes du Chouf et celles d’Amal à Beyrouth-Ouest. Il est essentiel pour les américains que le verrou ne saute pas car les chiites d’Amal ont ouvert dès le 23 septembre un deuxième front contre l’armée libanaise à Beyrouth. Les accrochages entre les hommes de Nabih Berri et les unités de l’armée ne sont pas chose nouvelle : le 28 août, Amal a pris possession des studios de la télévision libanaise et imposé son contrôle exclusif sur les banlieues Sud de la capitale. C’est un malencontreux bombardement de la banlieue Sud de Beyrouth par l’armée libanaise qui déclenchera l’assaut de l’opposition sur les quartiers Ouest de la capitale le 6 février 1984. Une nouvelle scission éclate dans l’armée et la 6e Brigade, exclusivement composée de chiites fraîchement recrutés, passe sous le commandement effectif d’Amal. Faisant aveu d’impuissance, la Force Multinationale quitte Beyrouth dans les jours suivants et le 15 février le PSP effectue sa jonction avec Amal. Pour le régime libanais le coup est rude : confronté à la nouvelle cassure de l’armée, « abandonné » par Israël [p. 196] et les Etats-Unis, il ne lui reste qu’un recours : la Syrie. [p. 197].

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