La direction politique de l’expédition de Syrie, 1860-1861

La direction politique de l’expédition de Syrie, 1860-1861

Entre août 1860 et juin 1861, un corps expéditionnaire français mène sur le territoire de ce qui deviendra le Liban une action de rétablissement de la paix et de pacification. Lorsque cette force militaire regagne l’hexagone, elle n’a pas (à proprement parler) combattu et ses résultats sont en demi-teinte : si les attaques contre les Maronites ont pris fin, leur situation dans la région n’est que partiellement améliorée.

Cette campagne ayant été présentée à plusieurs reprises comme une « première » opération humanitaire moderne, il est intéressant de revenir au texte original des directives données par l’amiral Hamelin, ministre de la Guerre par interim, au général de Beaufort d’Hauptoul, commandant en chef (manuscrit conservé au SHD-Vincennes).

« Général,

En vous plaçant à la tête d’une brigade envoyée en Syrie, l’Empereur n’a pas moins compté sur votre prudence que sur vos qualités militaires.

L’expédition n’a pour but ni une conquête territoriale, ni une occupation de quelque durée ; elle répond au sentiment public et à la pitié profonde qu’inspirent les malheurs des Chrétiens d’Orient.

Vous allez porter du secours.

Ainsi votre mission est esentiellement réparatrice et temporaire, et l’intention de l’Empereur est que vous restiez exactement fidèle à ce programme.

Puad Pacha est déjà arrivé de Constantinople à Beyrouth avec des troupes turques pour rétablir l’ordre en Syrie au nom du Sultan ; vous serez là près de lui pour lui prêter l’appui moral du nom de l’Empereur et du drapeau français, le secours de vos conseils et la coopération de vos forces.

Vous vous concertrez donc avec ce général sur les mesures à prendre, seulement s’il apparaissait, en passant du conseil à l’exécution, manquer de décision ou d’énergie ; vous le presseriez vivement d’agir, et, au besoin, vous serez libre d’agir vous-même dans les limites de votre programme.

En arrivant à Beyrouth, après avoir assuré l’existence de vos troupes, votre premier soin sera de vous enquérir de l’état présent du pays et d’examiner, de concert avec le Consul et Fuad Pacha, les moyens les plus efficaces d’inspirer aux meurtriers des Chrétiens une salutaire et durable terreur. D’après ce concert, et les règles ci-dessus posées, vous aviserez, mais, dans aucun cas vous ne quitteriez Beyrouth sans vous être bien assuré qu’il y a nécessité de le faire et que vos troupes seront suffisantes pour les buts à atteindre, comme pour parer aux incidents prévisibles, sans ne rien compromettre et n’engager rien sans succès certain est une condition nécessaire de votre situation. Il importe au plus haut point de conserver au dessus de toute atteinte le prestige de nos armes.

En conséquence, vos préoccupations devront tendre à bien faire reconnaître les pays où vous aurez à agir, à ne jamais laisser sans appui de petits détachements, à tenir vos troupes bien réunies soit en station, soit en marche, et pour y réussir sûrement à bien organiser vos moyens de transport, à bien assurer vos approvisionnements, enfin à veiller avec soin à la santé de vos soldats.

Vous ne tenterez une marche sur Damas que dans l’hypothèse où vous pourriez l’effectuer utilement et sans rien risquer.

En un mot, l’Empereur voudrait que votre petit corps d’armée fut une colonne mobile partant dans tous les pays qu’elle pourra atteindre, l’épée de la justice faisant saisir, juger et châtier les coupables, rendant aux Chrétiensleurs biens confisqués, désarmant les Druzes et prélevant sur eux des contributions de guerre dont le produit servirait à indemniser les victimes de l’insurrection.

C’est ainsi que l’expédition revêtirait d’une manière éclatante le caractère d’un acte de justice et d’humanité ; elle sera de courte durée et l’Empereur verrait avec une vive satisfaction qu’elle pût rentrer au bout de deux mois ayant accompli son oeuvre.

Sa Majesté compte que bien pénétré de ses vues, vous saurez ne rien négliger pour vous y conformer et que vous ne vous laisserez entraîner par aucune circonstance au delà du but qu’elle a marqué ».

Cette directive est particulièrement significative. Il s’agit indiscutablement d’une opération que l’autorité politique veut conserver dans d’étroites limites, en dépit des difficultés et des délais de communication qui existent à cette époque entre l’hexagone et le théâtre concerné, du fait en particulier d’un complexe contexte international. Les ordres reçus par le commandant du corps expéditionaire sont sans ambigüité et rappellent étrangement, à peine actualisés, les termes employés depuis une vingtaine d’années.

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