Les automitrailleuses au Levant : 1920-1946 (Jacques Sicard)

Armes Militaria Magazine numéro 61 (août 1990)

 

Les automitrailleuses au Levant : 1920-1946 (Jacques Sicard) [p. 46 à 50]

En janvier 1920, un mois avant l’arrivée des premiers chars français au Levant, le 6e Groupe d’autocanons et automitrailleuses (GACAM) débarque à Beyrouth. Un an plus tard, le 22 janvier 1921, le 17e Groupe d’automitrailleuses de cavalerie (GAMC) débarque à son tour, suivi, le 21 juin, par le 19e GAMC. Dès leur arrivée, leurs équipages participent aux opérations contre l’Emir Fayçal, puis en Cilicie (1920-1921).

En mars 1922, les trois groupes constituent le Groupement des unités d’AMC du Levant qui prend le numéro 7 (1er novembre 1922). Il est présent aux opérations de la Mésopotamie et de la région Nord-Syrie. Les 6e [p. 46], 17e et 19e groupes, devenus « escadrons », prennent en 1923 les numéros 8, 18 et 28. Ils constituent alors le 8e Groupement d’escadrons d’AMC (janvier 1924) qui participe aux opérations dans le Djebel druze, notamment à la colonne de Soueïda. [p. 47].

Le 2 septembre 1925, le 6e escadron d’AM (venant de Lyon) renforce le 8e GEAMC. Dissous en mai 1929, le 6e entre dans la formation de l’Escadron spécial d’AMC du Levant (des troupes spéciales). A la même époque, le 28e escadron prend le numéro 25. On trouve les pelotons d’AM pour les opérations dans la région de Damas (hiver 1925-1926), dans le massif de l’Hermon (fin 1925), l’Akrim et la Ghouta (1926). Ils participent à la réoccupation de Soueïda, en avril 1926. Au même moment sont créées, pour opérer dans l’Est syrien, les Automitrailleuses légères du Désert (AMLD).

Le 8e GEAMC, devenu le 8e GAM le 1er mars 1933, compte alors trois escadrons (8e, 18e et 25e) stationnés respectivement à Damas, Beyrouth et Alep. Le matériel standard de ces unités est l’automitrailleuse White 1917.

En 1939, deux pelotons spéciaux d’AM (issus de l’escadron spécial d’AMC dissous) stationnés à Homs et à Beyrouth, sont rattachés au 8e GAM. A la mobilisation, les 2e et 3e escadrons du 8e forment les groupes de reconnaissance des deux divisions légères mises sur pied au Levant. Ce sont les 191e et 192e GRDI. Deux nouveaux escadrons (numéro 4 et 5) sont mis sur pied, début 1940, à Damas et à Alep. Chaque escadron compte 10 AM White. Les pelotons spéciaux (numérotés à partir de mars 1940) disposent d’AM (White, Panhard, Hotchkiss) et de cars blindés Panhard.

Fin juin 1940, une partie des cadres français passe en Palestine pour rejoindre la France combattante. Comme le 63e BCC, le 8e GAM est dissous en décembre 1940. Ses escadrons entrent dans la composition des 1er et 2e régiments de découverte et combat, unités créées le 10 décembre 1940 et qui deviendront, dès le 1er janvier 1941, les 6e et 7e RCA.

 

 

 

La période France Libre

 

La réorganisation des troupes du Levant à partir du 1er août 1941 amène une succession de transformations difficiles à suivre. Les escadrons laissent la place à des pelotons d’AM et à six pelotons spéciaux (PSAM numérotés). Répartis sur l’ensemble des territoires, ils sont dotés d’un ensemble de véhicules assez disparates, Chenard-Walcker, White-Dodge, Marmon-Herrington, Laffly, Hotchkiss. Des Dodge légèrement blindés, dotés de TSF, servent de véhicules de commandement.

Ces pelotons entrent, en 1943, dans la composition des Escadrons moto-mécanisés des territoires Nord-Syrie (EMMNS à Alep), Sud-Syrie (EMMSS à Damas), dans les Groupements d’escadrons légers (Tcherkesse, Druze) et dans le bataillon de gardes-côtes. Les escadrons moto-mécanisés comptent deux pelotons d’AM, une section de chars R35 et deux pelotons portés.

Historique des formations d’automitrailleuses du Levant

 

1- 8e Groupement d’escadrons d’AMC

Ce groupement est créé en janvier 1924 avec les 8e, 18e et 28e escadrons d’AM.

2- 8e Groupe d’automitrailleuses du Levant

Le 8e GAM regroupe, à partir de mars 1933, les trois escadrons numérotés 8, 18 et 25.

3- 8e escadrons d’automitrailleuses

Le 6e GACAM est devenu le 8e escadron en 1923.

4- 18e escadron d’automitrailleuses

Le 17e GAMC est devenu le 18e escadron en 1923.

5- 25e escadron d’automitrailleuses

Le 19e GAMC est devenu le 28e escadron (1923 puis le 25e escadron (1929).

6- Escadron moto-mécanisé Nord-Syrie

Formé en 1942 à Alep. L’EMMNS ayant été formé après l’entrée en Syrie des FFL, porte une croix de Lorraine.

7- 1er Peloton spécial d’automitrailleuses

Créé en 1939, le 1er PSAM était stationné à Homs. Il a été rattaché au 2e régiment de découverte et de combat en décembre 1940.

8- Escadron moto-mécanisé Sud-Syrie

Formé en 1942 à Damas. L’EMMSS ayant été formé après l’entrée en Syrie des FFL, porte une croix de Lorraine.

 

 

Différents types d’automitrailleuses et d’autocanons ayant servi au Levant (Liban – Syrie)

 

-Des automitrailleuses White ont reçu la modification effectuée au début des années 1920 : les roues à rayons montées d’origine sur les AM White ont été remplacées par des roues à jante métallique et bandage caoutchoutés pleins. Quinze ans plus tard, sans autre modification, les mêmes automitrailleuses devront affronter le matériel britannique moderne pendant la courte et meurtrière campagne de juin-juillet 1941.

-Seize exemplaires de l’automitrailleuse semi-chenillée Citroën-Kégresse-Schneider M-23 seront construits en 1925 et employés d’abord au Maroc où ils ne donneront pas satisfaction en raison des ruptures fréquentes du bandage caoutchouté sur sol chaotique. Quatorze de ces AM seront très vite transférées au Levant pour y servir, de 1926 à 1941. Leur nombre se trouvera progressivement réduit jusqu’à quatre véhicules seulement, servant au sein du Peloton Spécial d’Automitrailleuses stationné à Homs au moment de la campagne de Syrie.

L’AM Citroën-Kégresse-Schneider M-23, servie par un équipage de trois hommes, est armée d’un canon de 37 mm SA-18 et d’une mitrailleuse de 8 mm en tourelle. Blindée à 6 mm, avec un moteur de 18 chevaux, elle est capable de monter jusqu’à 40 Km/h sur route et 6 Km/h en tout-terrain.

-L’automitrailleuse Laffly-80 AM, dite Laffly-Vincennes, représente l’ultime modernisation de l’AM White. Produite à 28 exemplaires seulement en 1932, elle finira sa carrière, non au Levant, mais en Tunisie.

-Chef du parc auto de l’armée à Beyrouth, le capitaine Bich fait réaliser, en 1940-1941, divers types d’engins improvisés sur châssis de camions américains. Quinze exemplaires de ce curieux véhicule, désigné « AM Dodge-White », sont ainsi fabriqués à Beyrouth par montage de la tourelle et du blindage provenant de vieilles AM White sur des châssis Dodge tout neufs.

-Après les combats fratricides de Syrie, les Forces Françaises Libres se trouvent renforcées – sinon en personnel – du moins en matériel. Les véhicules susceptibles de fournir encore un service convenable sont ceux conçus par le capitaine Bich sur les châssis Dodge neufs, notamment l’AM Dodge-White. Afin de la revaloriser autant que possible, les FFL vont remplacer les très vieilles tourelles White de 1917 par des tourelles provenant des AMD Panhard TOE hors service. Certains armements sont remplacés par des pièces britanniques.

-Les automitrailleuses Dodge survivantes de la campagne sont également récupérées par les FFL. Une trentaine de ces camions, blindés seulement à l’arrière, avait été réalisée par l’usine hydroélectrique de Nahr el-Kalb, sur les conceptions du capitaine Bich. La seule protection vers l’avant est fournie par un pare-brise blindé relevable.

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