Lutte contre les armes à sous-munitions : l’exemple libanais

Revue de presse de 1945 à nos jours

L’Hebdo Magazine numéro 2810 du 16 septembre 2011

 

Lutte contre les armes à sous-munitions : l’exemple libanais

 

C’est à Beyrouth qu’a eu lieu, cette semaine, la deuxième convention sur les bombes à sous-munitions. Le Liban, gravement affecté par ces armes meurtrières, devrait en être débarrassé d’ici à 2016.

 

Quatre militaires libanais, tête couverte d’un casque et gilet de protection sur le dos, sondent le sol à la recherche de bombes à sous-munitions. Centimètre par centimètre, chaque bout de terrain nettoyé est balisé avec précaution. A environ 100 mètres de là, une équipe médicale se tient prête. Soudain, l’un des soldats s’effondre en criant : il vient d’être blessé à la jambe par l’explosion d’une bombe. Si la scène n’est qu’une simulation destinée aux journalistes et aux représentants de quelque 80 pays, le scénario n’a rien d’improbable. Sur le site d’al-Faouka, situé dans la commune de Nabatiyeh, l’armée a découvert depuis 2006 plus de 17000 de ces engins explosifs. L’équipe de déminage en a encore trouvé et éliminé trois. La deuxième conférence, réunissant les Etats signataires du traité interdisant les bombes à sous-munitions (BASM), s’est tenue cette année à Beyrouth. Un choix qui ne doit rien au hasard : pendant la guerre de l’été 2006, Israël a largué selon l’ONU près de quatre millions de bombes sur le pays, dont près de 40% n’ont pas explosé. « Le Liban a été gravement touché par ce fléau, rappelle Jordan Ryan, directeur du bureau de prévention des crises du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Plus de 400 personnes y ont perdu la vie depuis 2006, mais les conséquences sont bien plus larges que ces terribles pertes humaines. Ces bombes ont nui aux fermiers qui ne peuvent plus exploiter leur terre, elles ont affecté l’économie et les enfants sont privés de jeu dans les champs… ».

Le Liban, un exemple pour la région

 

L’utilisation de BASM par Israël, en 2006, a choqué une partie de l’opinion mondiale. Elle a ainsi provoqué la mise en place du processus d’Oslo qui a abouti en 2008, à l’adoption de la Convention sur les armes à sous-munitions. Un traité qui interdit l’emploi, la production, le stockage et le transfert des BASM, et prévoit une assistance aux personnes qui en ont été victimes.

Trois ans plus tard, le texte est signé par 110 pays, et ratifié par 63. L’Afghanistan est le dernier Etat à avoir franchi le pas de la ratification, quelques jours avant l’ouverture de la convention à Beyrouth, le 8 septembre. Le Liban s’est de son côté engagé dès les premières heures du traité, signé en décembre 2008, le texte a été ratifié en novembre 2010 avant d’entrer en vigueur en mai dernier.

Si le pays a souffert des BASM, il a aussi saisi le problème à bras le corps et entend désormais donner l’exemple. « L’armée a commencé à mener des opérations de déminage bien avant la dernière guerre, explique le brigadier général Mohammad Fahmi, directeur du Centre libanais d’action pour les mines (LMAC). Mais depuis le 14 août 2006, nous nettoyons les sols, par ordre de priorité. Nous avons commencé par les écoles, les maisons, les places publiques. Aujourd’hui, nous avons nettoyé les deux tiers des sols contaminés. Nous devrions achever ce programme d’ici 5 à 6 ans, si nous avons les financements suffisants ». 90% environ des BASM restantes se trouvent dans le Sud du pays.

Selon Llewelyn Jones, responsable régional des opérations de l’ONG britannique Mag, l’une des principales organisations engagées dans le déminage au Liban, la situation dans le pays est très satisfaisante. « Le LMAC a un plan d’action clair visant à nettoyer l’ensemble du territoire libanais, un calendrier précis a été établi et les organisations engagées dans ce processus le soutiennent. Les choses avancent bien ». « Le Liban est en bonne voie, confirme Jordan Ryan. Il a encore besoin d’aide et notamment de financements pour achever ce processus mais il peut aussi aider d’autres pays par l’exemple qu’il donne ».

Un exemple particulièrement utile pour les pays du Moyen-Orient, et plus largement du monde arabe. En 2011, seuls deux Etats ont utilisé des BASM : la Thaïlande et la Libye. « Les forces gouvernementales loyales au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi ont largué des bombes à sous-munitions sur des zones résidentielles dans la ville de Misrata, à l’Ouest du pays, causant un risque grave pour la population civile », a rapporté l’ONG Human Rights Watch mi-avril dans un communiqué. « Le Liban peut jouer un rôle régional fondamental, insiste Jordan Ryan. Au départ, les pays du monde arabe n’ont pas manifesté beaucoup d’intérêt pour cette conférence, mais peu à peu cela change. En venant au Liban, en voyant ce que les autorités ont accompli, en observant le succès du partenariat entre l’armée, la société civile et des partenaires privés… d’autres pays vont se dire : on peut le faire aussi. Comme l’exemple du Laos, où a lieu la première conférence, a été important pour l’Asie, celui du Liban est important pour la région ».

Un appel aux pays producteurs

 

Concrètement, qu’est-ce que cette conférence aura apporté au Liban et au reste du monde ? Selon la proposition faite dans la déclaration finale, les représentants des 80 Etats réunis à Beyrouth devaient appeler ceux qui continuent à utiliser des bombes à sous-munitions, à les produire ou à les stocker « à arrêter maintenant et à rejoindre l’effort mené pour les éradiquer ». « Pour le Liban, cette conférence est l’occasion de montrer ce qu’il a réalisé. Il continue à acquérir une compréhension plus large du problème et de la nécessité de participer aux campagnes de lobbying. Pour les délégués du reste du monde, cela a été une opportunité de comprendre la situation libanaise et voir que ces armes sont toujours un outil important et bien réel dans les guerres. Nous réaffirmons la nécessité pour tous les Etats de signer et de ratifier le traité interdisant les BASM, y compris les pays producteurs. Notre but ultime est que plus personne ne produise de bombes. Nous n’en sommes pas encore là, mais de plus en plus d’Etats et de personnes comprennent que c’est juste intolérable. Arrêtons ces absurdités ! Ne produisons plus de BASM, ne les stockons pas, ne les utilisons pas bien sûr, et aidons les personnes qui en ont été victimes ». Parmi les principaux producteurs d’armes à sous-munitions, figurent les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Aucun de ces pays n’a encore signé le traité d’Oslo. Atef Hamzi, directeur de l’association La maison des victimes, qui s’occupe de quelque 300 personnes blessées par les BASM, avait, lui, un autre espoir à l’ouverture de cet événement : « Il faut que les victimes, qui, souvent, ne peuvent plus travailler, soient mieux considérées et que des efforts soient faits pour leur réinsertion dans la société, affirme-t-il. Il faut que les conventions internationales sur le handicap soient respectées au Liban et que toutes les terres de notre pays soient nettoyées, pour que plus personne ne vive ce que nous avons vécu ».

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