L’armée reprend la main…

Général Jean Kahwagi, commandant en chef de l'armée libanaise de 2008 à nos jours, Revue de presse de 1975 à 1990

L’armée reprend la main…

Lorsque le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, a prononcé un discours d’une rare fermeté, il y a une dizaine de jours, dans lequel il a affirmé quel’armée n’acceptera plus d’être soumise à un chantage de la part de n’importe quelle partie politique, il donnait en quelque sorte le signal d’un changement fondamental dans l’attitude de la troupe. Attaquée, critiquée et souvent contrainte, faute de couverture politique, de conclure des compromis avec des parties sur le terrain, l’armée a donc décidé de réagir. Et ceux qui ont cru que le général Kahwagi se livrait à une sorte de défoulement avant de revenir dans le rang et de s’incliner devant « la réalité libanaise » se sont trompés.

Le commandant en chef de l’armée a d’ailleurs choisi de prendre lui-même la parole à l’occasion d’une cérémonie d’hommage aux anciens officiers pour bien marquer l’importance du message qu’il comptait délivrer et qui consiste en une reprise en main de la situation sécuritaire par l’armée. Celle-ci a en effet réussi à déjouer le plan qui visait à la chasser du Nord après l’assassinat des deux cheikhs à Koueikhate. Elle a ensuite surmonté le plan qui visait à paralyser son action dans le Nord, et notamment le long des frontières avec la Syrie, puisqu’elle continue régulièrement à arrêter des membres de l’opposition syrienne qui circulent en armes et à confisquer des armes qui passent du Liban vers la Syrie. Elle a aussi mis en échec le plan visant à créer une zone tampon sous le contrôle de l’opposition syrienne à l’intérieur du territoire libanais.

En même temps, l’armée a lancé une grande offensive dans la banlieue sud contre le clan des Moqdad pour la libération des Syriens et du citoyen turc enlevés par la famille en guise de chantage pour obtenir la libération d’un de leurs fils, Hassan Moqdad, enlevé en Syrie. Cette opération qui se poursuit depuis quelques jours a montré qu’il ne s’agit nullement d’une manœuvre destinée à la consommation médiatique. Les soldats de l’armée ont effectué des perquisitions dans un large périmètre dans la banlieue sud, et notamment dans certains quartiers que l’on disait « interdits aux forces officielles ». Or les soldats ont mené leur action sans ménager les membres du clan Moqdad et sans se heurter à la moindre protestation de la part du Hezbollah qui, au contraire, voit plutôt d’un bon œil cette mise au pas des familles qui se disputent le contrôle de la banlieue sud en se cantonnant dans des quartiers déterminés.

Cette vaste opération dans la banlieue sud est donc loin d’être de pure forme, contrairement à ce que disent certaines parties politiques et médiatiques. Mais en réalité, elle arrange aussi bien l’armée libanaise, soucieuse de montrer qu’elle peut exercer son autorité là où il y a quelque temps encore il était impensable de pénétrer sans montrer auparavant « patte blanche », que le Hezbollah. Ce dernier prouve ainsi qu’il n’est pas hostile à l’État comme l’accuse le 14 Mars et qu’au contraire, il l’appelle de tous ses vœux, Hassan Nasrallah ayant lui-même déclaré à plusieurs reprises que le Hezbollah ne veut pas se substituer aux institutions de l’État. De plus, il n’est pas mécontent de voir l’armée remettre de l’ordre et rabattre, si l’on peut dire, le caquet des clans qui contrôlent la banlieue sud. C’est pourquoi tout le monde – même ceux qui étaient au départ réticents et les habitants de la banlieue, peu habitués à voir l’armée agir aussi fermement dans leurs quartiers – s’est rendu à l’évidence. Il s’agit bien d’un quadrillage systématique qui a même donné ses fruits, puisque plusieurs personnes enlevées par les Moqdad ont été retrouvées et sont sur le point d’être rendues à leurs familles.

Mais en plus de parvenir à libérer les personnes enlevées et d’imposer son autorité sur une région qui était jusque-là difficile d’accès, l’armée libanaise compte à travers cette action recueillir d’autres dividendes. Mener des perquisitions et des campagnes pour arrêter des personnes recherchées par la justice dans la banlieue sud devrait augmenter son aura et son prestige tout en lui ouvrant en grand les portes d’autres régions, comme le Nord, en raison du climat confessionnel qui règne dans le pays. Elle ne peut plus en effet être désormais accusée d’agir contre une seule communauté ou dans une seule région puisqu’elle a étendu son autorité sur tout le pays. C’est pourquoi, en dépit de l’annonce par le 14 Mars de mesures d’escalade contre la remise en liberté des trois officiers impliqués dans la mort au barrage de l’armée à Koueikhate de cheikh Abdel Wahed et de son compagnon, les milieux proches de l’armée sont convaincus qu’il n’y aura plus de fermeture de routes, ni au Nord ni dans la banlieue sud. Ces mêmes milieux estiment que la déclaration musclée du 14 Mars après la remise en liberté des trois officiers est surtout destinée à sauver la face aux députés du Nord Khaled Daher et Mouïn Merhebi, bien plus qu’à une action réelle, et la volonté déclarée de reporter l’application de ces menaces jusqu’après la visite du pape Benoît XVI à Beyrouth est une façon de justifier l’absence d’une véritable protestation sur le terrain. Des sources sécuritaires font aussi valoir le fait que la famille de cheikh Abdel Wahed a elle aussi mis un bémol à sa colère, le plus radical de ses cinq frères ayant pris le chemin de l’Australie.

L’armée a donc décidé de reprendre les choses en main et de ne plus se laisser faire. Elle bénéficierait à ce sujet de l’appui des responsables qui ont compris que le Liban était en train de glisser vers l’instabilité et le chaos, alors que dans la conjoncture régionale actuelle, sa déstabilisation ne pourrait qu’augmenter la confusion dans la région. C’est d’ailleurs une des raisons qui ont poussé le Premier ministre et son gouvernement à adopter un plan sur cinq ans pour équiper l’armée, alors que, selon les sources de Mikati, « le 14 Mars, qui ne cesse de réclamer le déploiement des forces légales et l’autorité de l’État au détriment du mini-État du Hezbollah, n’a jamais rien fait pour renforcer l’armée… ».

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