Beyrouth : l’armée libanaise en action (article paru dans Libération du 14 septembre 1982) (Nouveau Magazine numéro 1311 du 18 septembre 1982)

Revue de presse de 1975 à 1990

Les incidents de dimanche à Beyrouth qui ont fait plusieurs morts et blessés illustrent les difficultés des forces légales à prendre le contrôle des quartiers de la capitale libanaise. Le contingent français a quitté Beyrouth.

 

Une vive tension paraissait hier matin dans le quartier musulman sunnite de Ras el-Nabeh, à Beyrouth-Ouest, le long de la ligne de démarcation où se sont déroulés dimanche les plus violents incidents depuis l’évacuation des palestiniens de Beyrouth. Ces incidents avaient commencé lorsque des miliciens ont voulu empêcher une délégation sunnite de Beyrouth-Ouest d’aller féliciter le nouveau président Bachir Gemayel.

C’est cependant la première fois depuis 1975 que l’armée libanaise est entrée en action de façon aussi déterminée contre un groupe armé.

Reste que les affrontements de dimanche n’ont pas fait tache d’huile, contrairement à ce qui se passait au cours des dernières années. En outre, le plan de pacification de Beyrouth n’a pas été remis en cause ; les points de passage du musée et de Sodeco étaient ouverts hier matin. L’armée a fait usage de véhicules blindés, contre la milice Ansar al-Saoura (Les partisans de la révolution) au cours de ces accrochages qui ont fait un mort et quatorze blessés, principalement parmi la population. Ansar al-Saoura aurait eu un ou deux tués. Un convoi militaire français de la FMI, qui empruntait la ligne de démarcation au moment des incidents, a été pris sous les tirs. Trois véhicules, dont un camion transportant deux tonnes d’explosifs, ont été détruits, mais il n’y a pas eu de blessés.

Le contingent français de la FMI a d’ailleurs quitté, lundi en fin d’après-midi, le Liban, après les deux autres contingents, américain et italien. Le port de Beyrouth a repris lundi ses activités après trois mois d’interruption au moment où les français quittaient la capitale libanaise.

Bien que localisés et ne durant que quatre heures environ, les affrontements de dimanche illustrent les difficultés des forces légales à se déployer progressivement dans la ville et à prendre le contrôle des quartiers de Beyrouth-Ouest comme de Beyrouth-Est, où se trouvent de nombreux miliciens et d’importantes quantités d’armes et de munitions. L’armée a cependant affirmé, dans un communiqué diffusé dimanche soir, qu’elle « poursuivra sa mission de sécurité quelles que soient les difficultés ».

De leur côté, les « Mourabitoun » ont décidé de ne pas évacuer hier comme prévu leurs positions dans le quartier de Ras el-Nabeh à la suite des accrochages de dimanche. L’organisation nassérienne a annoncé, à l’issue d’une réunion de son commandement militaire, qu’elle suspendait son plan d’évacuation jusqu’à ce que les origines des accrochages de dimanche soient éclaircies. Selon les « Mourabitoun », l’affrontement est dû à un « acte de provocation » et a menacé la sécurité des habitants de ce quartier. Les nassériens confirment d’autre part qu’ils se sont retirés hier comme prévu de la région du port, abandonnant leurs positions aux Forces de Sécurité Intérieure. Dans ce quartier désert, complètement dévasté par des années de guerre civile, les « Mourabitoun » ont rassemblé pendant trois heures tout leur armement : jeeps, canons, blindés antiaériens et un tank. Sur chaque véhicule, leur emblème rouge, noir et blanc et le portrait de Nasser. En fin de matinée, juste avant leur départ, les Forces de Sécurité Intérieure sont arrivées. Aucun mot n’a été échangé. Les uns ont pris position, les autres s’en sont allés.

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