Les sept heures de Joe Biden à Beyrouth : l’aide à l’armée tributaire des résultats des élections – L’Hebdo Magazine numéro 2690 du 29 mai 2009

Revue de presse de 1945 à nos jours

Joe Biden, vice-président des Etats-Unis, est la première personnalité américaine du plus haut rang à débarquer à Beyrouth depuis vingt-six ans. Sa visite a pour but de manifester le soutien de son pays à la souveraineté du Liban, qui « n’est pas négociable et ne le sera pas », a-t-il souligné.

 

En sept heures, Joe Biden a rencontré le président de la République, le président du Parlement et le chef du gouvernement. Il a aussi assisté à une cérémonie militaire à l’aéroport de Beyrouth et a tenu à lancer plus d’un message sans prêter le flanc aux questions.

Sa visite à Beyrouth n’a été suivie d’aucune autre au Moyen-Orient. Elle est perçue comme une étape précédant la tournée que prévoit d’effectuer le président Barack Obama dans la région. Son premier message est donc à volet régional. Il confirme l’attachement de Washington à un règlement de paix, fondé sur les deux Etats palestinien et israélien. Il annonce que Washington est déterminé à envoyer au Proche-Orient son émissaire spécial, George Mitchell, précisant qu’Israël est déjà au courant de cette décision. Selon lui, M. Obama est convaincu que « les circonstances sont favorables à la reprise du processus de paix ». En outre, M. Biden a demandé aux libanais « de ne pas soutenir ceux qui entravent les efforts de paix. Le Liban, dit-il, peut être un modèle de paix et de réforme au Moyen-Orient ».

Au cours d’une brève conférence de presse, à l’issue de sa rencontre avec M. Biden, le président Michel Sleiman a déclaré que le vice-président américain lui avait transmis un message d’appui du président Obama à la souveraineté du Liban, à ses institutions constitutionnelles, au tribunal international, et « l’engagement de son pays à fournir à l’armée l’équipement nécessaire au maintien de la sécurité et à la lutte contre le terrorisme ». Il a informé, quant à lui, son hôte des violations israéliennes de la souveraineté libanaise et du démantèlement de réseaux d’espionnage au profit d’Israël. Il lui a fait part des inquiétudes du Liban face aux manœuvres israéliennes et insisté sur l’importance d’un règlement régional sur la base de l’accord de Madrid et de l’initiative de paix arabe. Le chef de l’Etat a rappelé à son hôte que toute solution prévoyant une implantation des palestiniens au Liban est exclue et rejetée par tous les libanais.

Après sa visite à Baabda, où il s’est entretenu avec le président en deux temps, un tête-à-tête suivi d’une réunion élargie, Joe Biden a affirmé l’appui du président Barack Obama « à un Liban souverain, libre et fort » dans ses institutions. Il a réaffirmé qu’aucune négociation régionale ne se fera aux dépens du Liban. Un message particulièrement rassurant pour les libanais qui craignent de se voir sacrifier au profit d’un consensus régional, surtout depuis l’ouverture de Washington sur la Syrie et l’Iran.

Devant M. Biden, le président Sleiman a défendu le rôle de la Résistance, a évoqué l’affaire palestinienne et les relations libano-syriennes. Sur ce dernier point, M. Sleiman a coordonné, à la veille de l’arrivée de M. Biden, avec son homologue syrien, Bachar el-Assad, la position du Liban sur les différents sujets de son entretien avec M. Biden.

Le troisième message, le plus important, concerne le lien entre les résultats du vote du 7 juin et la nature de l’aide américaine. Il a indiqué que le peuple libanais doit choisir ses dirigeants librement et sans aucune influence. « L’élection de dirigeants déterminés à faire respecter la loi et à réformer l’économie débouchera sur une croissance et une prospérité durables », a-t-il assuré. Affirmant qu’il n’est pas venu au Liban pour soutenir un parti contre un autre, il a lié, toutefois, l’aide américaine future à la nature du prochain gouvernement : « Nous évaluerons la forme de notre programme d’assistance en fonction de la composition du nouveau gouvernement et de la politique qu’il prône », souligne-t-il.

M. Biden a, ensuite, applaudi à la préparation du scrutin législatif et a appelé à une participation massive à cette consultation, qu’il a souhaitée « démocratique, libre et intègre ». Il y a vu l’un des éléments de stabilité du Liban et l’un des fondements de ses relations internationales. Il a déclaré qu’il n’imaginait pas que la région puisse connaître une quelconque stabilité sans un Liban lui-même stable. Il a exhorté les libanais à se rendre aux urnes en masse, pour provoquer le changement, à l’image de ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec l’élection du président Obama.

Avec les pôles du 14 Mars

 

Le responsable américain s’est aussi rendu à la résidence de Nayla Mouawad, à Hazmieh, pour y rencontrer les principaux pôles du 14 Mars. Aucune déclaration n’a été faite à l’issue de la réunion. Des sources proches des participants à la rencontre ont affirmé qu’elle a été « excellente » et que le vice-président américain a apporté son soutien à toutes les constantes du 14 Mars, réitérant son assurance qu’il n’y aura « pas de négociations sur l’avenir du Liban », et que ce pays « est très important pour les Etats-Unis ». De leur côté, les pôles du 14 Mars ont exprimé leur « inquiétude » des visées d’Israël dans la région et, surtout, réaffirmé que le dossier des armes du Hezbollah doit être exclusivement réglé à travers un dialogue interlibanais.

M. Biden a clôturé sa visite à l’Aéroport international Rafic Hariri, où étaient exposés des équipements militaires, dont des chars M-60, des blindés et des hélicoptères, présentés comme faisant partie de l’aide militaire américaine apportée au Liban depuis 2005. De là, M. Biden a lancé un autre message concernant l’armée libanaise : « Il faut, dit-il, qu’il n’y ait qu’une seule armée, une force capable de contrôler votre pays », promettant de livrer au Liban des hélicoptères et des drones.

Une courte visite différemment appréhendée par les uns et les autres. Applaudie come une bouffée de soutien dont le Liban a toujours besoin, elle est qualifiée par d’autres d’ingérence dans les affaires internes du Liban.

Aide militaire

 

Depuis la guerre qui a opposé le Hezbollah à Israël, en 2006, les Etats-Unis ont augmenté leur aide militaire au Liban, afin de renforcer son armée. Cette aide a dépassé 500 millions de dollars. Les livraisons envisagées portent sur des pièces d’artillerie de 155 mm, des chars M-60, des drones, des armes légères, des munitions et des véhicules.

Le Hezbollah dénonce

 

Pour le Hezbollah, la visite de M. Biden, qui intervient après celle, en avril, de la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, constitue une ingérence dans les affaires libanaises. « Le grand intérêt porté par les américains au Liban suscite de forts soupçons quant aux véritables motifs de cet intérêt, en particulier parce qu’il s’agit, désormais, d’une intervention évidente et précise dans les affaires libanaises », selon un communiqué du Hezbollah.

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