Un anniversaire aux relents d’amertume – Nouveau Magazine numéro 1321 du 27 novembre 1982

De nombreux drapeaux s’élèvent au-dessus de notre terre et de notre drapeau ; des forces diverses se disputent notre peuple et disputent à notre patrie son droit et sa légitimité ».

Dans un Liban en partie convalescent, sans parler de Baalbeck en proie à de graves incidents, du Chouf en ébullition et de la Békaa tendue à l’extrême, il fallait quand même célébrer le 39e anniversaire de l’Indépendance. De la caserne Henri Chéhab d’où il prononçait son discours, au milieu des destructions et des ruines, le président de la République a été intransigeant : « Jamais nous ne penserons ni ne voudrons que le débat porte uniquement sur la sécurité de telle ou telle autre partie à travers nous et à notre détriment ».

Pour la première fois dans les annales du Liban, un président descend « sur le terrain » pour transmettre son message. En choisissant la caserne Henri Chéhab – qui, bien qu’à moitié démolie, a vaillamment résisté à de multiples assauts – le président Gemayel a pris le double engagement : « Nous voulons prouver aux citoyens qu’il n’y a ni sécurité ni paix au Liban hors des forces légales », a-t-il déclaré, ajoutant ensuite une promesse formelle pour le futur : « Nous fêterons bientôt l’Indépendance dans toutes les casernes de l’armée, au Nord, au Sud et dans la Békaa ».

Réunification, sécurité, intégrité territoriale, indépendance : que pouvait-il promettre de plus aux libanais éprouvés par tant d’années d’instabilité, de violence, de destructions ? Et comment résister à cet appel à l’espoir, à la confiance et à la souveraineté ?

Dans l’euphorie de la fête, au son des chants patriotiques et du roulement des tambours de l’armée, nous avons failli oublier, l’espace d’une journée, d’un rêve, la situation explosive dans le Nord, dans la Békaa et au Sud. Nous sommes encore loin d’être au bout de nos peines. Autant en être conscients, même si pour cela il faut jouer les trouble-fête. Depuis si longtemps d’ailleurs, nos fêtes ont toujours des relents d’amertume.

Cheikh Amine le sait, il n’a pas la partie facile. Mais au moins il a la volonté de réussir sa périlleuse mission. Ne dit-on pas que la foi déplace les montagnes ? A moins que ce ne soit un cliché, comme tant d’autres.

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