Défilé militaire pour les 39 ans d’indépendance du Liban : c’est la première fois depuis huit ans qu’une armée libanaise parade à Beyrouth (paru dans Libération du 23 novembre 1982 – Xavier Baron) – Nouveau Magazine numéro 1322 du 4 décembre 1982

Revue de presse de 1975 à 1990

Au son des fanfares et à la lumière des lampions, les libanais ont célébré dimanche et lundi le 39e anniversaire de l’indépendance du Liban, sous le signe de la normalisation à Beyrouth et de l’espoir que le reste du pays connaîtra à son tour la paix.

C’est à Beyrouth, débarrassée depuis des mois de ses miliciens et combattants de tous bords (Et les israéliens ? Ndlr), que les célébrations ont été les plus importantes et ont renoué avec la tradition d’avant la guerre. Dans les rues de l’Ouest de la capitale, où les obus s’écrasaient jour et nuit l’été dernier, huit mille scouts et guides ont défilé dimanche soir, avec leurs lampions, derrière les fanfares. Le retour à la paix dans la capitale a été illustré avec éclat lundi matin par le défilé des fantassins et des blindés de l’armée nationale, en présence du chef de l’Etat, Amine Gemayel, et du gouvernement, qui avaient pris place près du passage du Musée où les armes ont crépité pendant huit ans. Les troupes, parties d’une caserne de l’Ouest de la capitale, ont franchi le passage du musée avant de poursuivre leur chemin vers l’Est de la ville.

La réunification de Beyrouth avait encore été illustrée dimanche soir par la visite du chef de l’Etat à la caserne Henri Chéhab, à l’Ouest. Devant les bâtiments en ruines de cette caserne située dans un secteur ravagé par l’aviation et les blindés israéliens, le président a déclaré aux troupes : « Nous ne cèderons pas et nous ne renoncerons pas à l’unité du Liban, à son libre choix ». Gemayel a ajouté : « Nous demeurerons fermement attachés à la moindre parcelle de territoire, de Nakoura (à la frontière israélienne) à Nahr el-Kabir » (à la frontière syrienne, au Nord).

Si pour la première fois depuis huit ans, les célébrations de la fête de l’indépendance ont pu renouer avec la tradition à Beyrouth, bien des libanais ont pu suivre ces manifestations sur leurs écrans de télévision sans pour autant connaître la paix. Les deux-tiers du pays restent occupés par les troupes étrangères (israéliennes, syriennes et palestiniennes), et la guerre continue dans les montagnes, au Sud-Est de Beyrouth, où miliciens druzes et membres des Forces Libanaises (milices chrétiennes unifiées) s’affrontent depuis que cette région est sous le contrôle de l’armée israélienne.

Les cérémonies traditionnelles n’ont pu avoir lieu à la forteresse de Rachaya (Sud-Est du Liban) où les français avaient, en 1943, enfermé les dirigeants nationalistes libanais avant d’accorder l’indépendance au pays, le 22 novembre. Dans la plaine de la Békaa, les habitants de Baalbeck n’ont pas pu célébrer la fête nationale, des combattants iraniens, installés dans cette région depuis l’été dernier, et des membres d’une milice dissidente chiite libanaise ayant arraché les drapeaux et décorations après avoir occupé quelques heures le Sérail (Hôtel de ville).

Le retour, à la veille de la fête de l’indépendance, de Philip Habib, l’émissaire américain, fait espérer aux libanais que la normalisation engagée à Beyrouth s’étendra bientôt à d’autres régions. Habib a fait un premier tour d’horizon avec les dirigeants libanais, et doit maintenant se rendre en Israël puis dans certaines capitales arabes. Le retrait des troupes étrangères devrait relancer le processus de pacification qui marque le pas depuis deux mois, et encourager définitivement investisseurs et entrepreneurs à engager le vaste programme de reconstruction, incertain tant que la capitale demeure à portée de canon des troupes étrangères.

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