Liban : la guerre n’est pas finie – Nouveau Magazine numéro 1322 du 4 décembre 1982

Revue de presse de 1975 à 1990

Les incidents se multiplient au Liban, aussi bien à Baalbeck que dans la montagne du Chouf, alors que l’on reparle d’un dépeçage du pays entre syriens et israéliens.

 

Les lampions de la fête se sont éteints. En célébrant de façon appuyée le 39e anniversaire de l’indépendance du Liban, le président Gemayel a voulu donner à Beyrouth l’illusion que la guerre était finie. En réalité, l’abcès que l’on croyait crevé avec l’invasion israélienne et le départ des combattants de l’OLP de la capitale s’est reformé autrement.

L’émissaire américain, Philip Habib, flanqué du sous-secrétaire d’Etat adjoint Morris Draper, ont quitté Beyrouth après une série de consultations (dont il n’a rien transpiré, comme à l’accoutumée) pour se rendre en Israël via Damas. A l’ordre du jour : l’évacuation de « toutes les forces étrangères » du territoire libanais. Syriens et palestiniens (qui occupent le Nord et l’Est du pays) se disent prêts à partir si les israéliens font de même. Ceux-ci se montrent plutôt récalcitrants. Dans le Sud du pays, ils consolident aussi vite que possible l’emprise de leur homme de main, Saad Haddad. Mais c’est surtout dans la montagne du Chouf que la question de leur présence – et de leur éventuel départ – sont devenus d’une brûlante actualité.

Selon la radio israélienne, le négociateur américain pourrait apporter dans ses valises la proposition d’un premier retrait unilatéral des troupes israéliennes de la montagne, retrait qui permettrait à cette région de revenir sous le contrôle de l’armée libanaise. La radio a ajouté qu’Israël serait, par la même occasion, dégagée de la responsabilité de « séparer les druzes des chrétiens ». Une fraction du gouvernement israélien – notamment les ministres Uzzan (affaires sociales) et Moday (Energie) – serait favorable à un tel retrait. Mais la majorité du Cabinet continue de suivre le ministre de la Défense, Ariel Sharon, et celui des Affaires Etrangères, Yitzhak Shamir, qui pensent qu’aucun retrait ne doit intervenir avant la conclusion d’arrangements en bonne et due forme avec le gouvernement libanais. « Un retrait unilatéral, déclarait hier une source proche du ministère de la Défense, créerait un précédent dangereux ». D’autres sources indiquent que Habib proposerait un retrait partiel israélien jusqu’à Damour (15 Km environ au Sud de Beyrouth) en contrepartie d’un recul syro-palestinien des montagnes du Metn, jusqu’à la plaine de la Békaa.

Avec la montagne du Chouf, la région de Baalbeck (au centre de la plaine de la Békaa – sous contrôle syrien), était restée à peu près calme tout au long des sept ans de guerre larvée qu’a connus le Liban. Au cours de l’été 1982, plusieurs centaines de « gardiens de la révolution » iraniens sont venus y camper afin de participer aux combats aux côtés des forces « palestino-progressistes ». Depuis quelques jours, ils sont devenus particulièrement remuants. Le 21, ils attaquent et occupent, plusieurs heures durant, l’hôtel de ville (Sérail) de Baalbeck, déchirant les portraits du président ainsi que des drapeaux libanais qui ornent l’édifice.

Le lendemain, 300 d’entre eux attaquent une caserne de la ville, défendue par les soldats de l’armée régulière. Les combats font trois morts dans les rangs des assaillants et deux blessés dans ceux des défenseurs. A la suite de ces accrochages, l’armée libanaise a été mise en état d’alerte dans la région et l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth a été convoqué par le ministre des Affaires Etrangères. A la sortie de l’entretien, le diplomate a affirmé qu’il « n’y avait pas de militaires iraniens à Baalbeck et que l’Iran appuyait l’autorité centrale libanaise ». Le gouvernement libanais, lui, a demandé le retrait de tous les éléments iraniens de son territoire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s