Michel Aoun ; un leader charismatique (Par Patrice-Henry Desaubliaux – Le Figaro du 13 décembre 1989) – Nouveau Magazine numéro 1690 du 23 décembre 1989

Revue de presse de 1975 à 1990

Symbole du Liban, il a acquis une dimension internationale. Formidable soutien populaire. Hostile à la partition. La France prend trop largement en compte les intérêts syriens et arabes.

 

Le Figaro. Vous venez, mon général, d’effectuer une visite de 48h au Liban. Etait-ce à votre initiative ou à la demande du général Aoun ?

Jeannou Lacaze. Michel Aoun souhaitait vivement ma visite en une période que je qualifierai de « délicate » sur le plan militaire et surtout politique.

Je suis allé le voir en camarade. Nous sommes, en effet, restés en relations depuis qu’en 1985, en tant que chef d’état-major des armées, je lui ai rendu une visite officielle.

Parlementaire européen, et parce que je n’ai pas beaucoup apprécié la position du gouvernement français sur ce problème, je pensais aussi que je devais, comme d’autres élus, faire passer le message de sympathie d’une très forte majorité de français.

Quelle photo stratégique ramenez-vous de Beyrouth ?

Comment la situation ne serait-elle pas difficile alors que le Liban, qui n’a qu’une superficie de 10000 Km2, l’équivalent du département de la Gironde, est occupé par une armée syrienne forte de plus de 40000 hommes ? Cette armée est bien équipée de matériels soviétiques de qualité. Elle est solidement installée, en position offensive, tout autour du secteur chrétien.

Ce secteur chrétien est véritablement assiégé. Représentant un peu plus du dixième du Liban, il est défendu par l’armée libanaise de Michel Aoun, qui compte quelque 15000 hommes et par les Forces Libanaises de Samir Geagea (10000 à 12000 hommes), lequel a annoncé qu’elles défendraient le secteur chrétien en cas d’intervention syrienne. Déjà une partie de ses forces a pris position le long de la ligne de front.

L’équipement de l’armée libanaise et des Forces Libanaises de Samir Geagea n’a rien à envier à celui des syriens, sauf, bien sûr, pour les forces aériennes et les armes antiaériennes.

Mais le matériel n’est pas tout dans une armée…

C’est vrai. Le moral des troupes syriennes ne serait pas très élevé, en-dehors des commandos d’élite – plusieurs bataillons – qui, eux, tiennent les meilleures positions, par exemple la fameuse côte 888. En revanche, l’armée libanaise et les Forces Libanaises ont clairement conscience qu’au-delà même du secteur chrétien, elles défendent le territoire de leur patrie face à l’occupant.

En outre, derrière le général Aoun, elles bénéficient d’un formidable soutien populaire. Quand on arrive à Baabda, au PC d’Aoun, c’est une véritable marée humaine que l’on franchit. Des milliers de personnes, et parmi elles beaucoup de jeunes, sont là et campent pour manifester leur sympathie, leur adhésion, leur soutien. Il n’y a pas que des chrétiens, mais aussi des musulmans.

Il n’y a pas que les libanais, mais également des représentants de nombreux pays, y compris de l’Est. A côté de l’insigne du cèdre, Michel Aoun portait celui de Solidarnosc, que lui avaient remis des polonais.

Les chances des syriens résideraient principalement dans une attaque surprise ?

Naturellement. Mais les unités dont dispose Michel Aoun ne manquent pas de renseignements au contact direct des forces syriennes. De plus, elles peuvent s’appuyer sur d’importants travaux d’organisation du terrain. Les syriens savent que le secteur chrétien ne tombera pas comme un fruit mûr.

Comment vous est apparu le général Aoun ?

Comme un homme qui a transcendé l’image du militaire pour devenir homme politique et symbole du Liban. Leader charismatique, il a acquis une dimension internationale. Au cours de notre tête-à-tête d’environ une heure, j’ai perçu chez lui la solitude du chef et la détermination farouche de l’ardent patriote. Bien qu’il soit l’homme le plus menacé du Liban, il ne craint pas pour sa vie. Il sait les risques qu’il court. Calculés et acceptés, ils correspondent à sa mission.

Cet entretien a eu lieu au lendemain du sommet Bush – Gorbatchev…

L’impression de Michel Aoun est que la situation au Liban n’a été évoquée à Malte que sous forme d’un vœu pieux. Aussi s’attache-t-il à ce qu’une pression internationale, cohérente et ferme, permette d’éviter des combats inutiles, sanglants et suicidaires. Il compte sur l’autorité des gouvernements occidentaux et soviétiques pour influencer la Syrie et ceux qu’elle a mis en place. Pour lui, le président Hraoui est l’otage, sinon le prisonnier, des syriens. Sa conviction, vous le savez, est que les accords de Taëf ne peuvent résoudre le problème libanais dans le sens souhaité par les véritables patriotes.

Et à terme ?

Tout à fait hostile à la partition, il suggère une décentralisation administrative qu’entérinerait un référendum organisé sous le contrôle de l’ONU. Référendum qui porterait en priorité sur l’acceptation ou le refus de l’occupation du Liban par des troupes étrangères.

Le général Aoun vous a-t-il parlé de la position officielle de la France ?

Elle n’est pas tout à fait ce qu’il espérait. La France prend, selon lui, trop largement en compte les intérêts syriens et arabes. Il le regrette car, à ses yeux, le rôle de notre pays pourrait ne pas être négligeable pour stabiliser la situation et éviter l’ouverture des hostilités. La présence d’un bateau de guerre français qui, au large, fait des ronds dans l’eau, ne lui paraît pas très significative. Il s’agit surtout d’une présence de caractère humanitaire.

C’est dire combien il a apprécié la sympathie que sont venus lui témoigner de nombreux députés français et combien il se réjouit de leur soutien en faveur d’un Liban libre.

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