La bataille de Nahr el-Bared (20 mai 2007 – 2 septembre 2007)

Revue de presse de 1945 à nos jours, Travaux de recherche personnels

La bataille de Nahr el-Bared (2007) a été le combat livré par l’armée libanaise contre une organisation terroriste clandestine du nom de Fath el-Islam, qui s’était implantée dans le camp palestinien de Nahr el-Bared, avec l’intention à long terme de créer un Emirat islamique au Liban, en séparant le Nord du reste du pays. Elle dura 106 jours.

 

Les hostilités ont débuté soudainement le 19 mai 2007, lorsque cette organisation forte de 400 combattants aguerris, en majorité des étrangers palestiniens, syriens ou saoudiens ayant combattu en Irak ou en Afghanistan, a lancé des opérations terroristes contre plusieurs objectifs au Liban, à savoir:

 

-Un attentat contre deux autobus transportant des chrétiens;

-Des attentats contre des leaders politiques libanais, tel le ministre Pierre Amin Gemayel et le député Walid Eido;

-Le lancement de fusées Katiousha contre le nord d’Israël, malgré la présence de la FINUL et de l’armée;

Le hold-up de plusieurs agences de banques libanaises dans le cadre de la politique de l’autofinancement suivie par Fath el-Islam.

Le dernier de ces actes, le cambriolage d’une agence de la banque Méditerranée à Amioun (Koura) a été l’incident qui déclencha les hostilités générales.

En effet, repérés rapidement par les FSI, une opération fut lancée contre les éléments responsables de ce hold-up qui s’étaient réfugiés dans un immeuble de Tripoli le 19 mai 2007.

 

L’opération des FSI après le hold-up du 19 mai

 

Le 19 mai 2007, après de longues recherches entreprises après l’attaque menée par quatre hommes du Fath el-Islam contre l’agence de la banque Méditerranée dans Amioun, les FSI lancèrent une opération contre ces éléments réfugiés dans l’immeuble Abdo à Tripoli, découvrant alors que six autres appartements étaient habités par des éléments clandestins de Fath el-Islam qui prirent part également au combat contre les FSI.

L’opération fut un succès et se solda par la mort de tous les éléments de Fath el-Islam présents dans l’immeuble.

 

La réaction de Fath el-Islam

 

Pour briser l’encerclement de l’immeuble Abdo, des éléments armés de Fath el-Islam lancèrent deux attaques simultanées contre des postes isolés de l’armée libanaise situés aux alentours du camp de Nahr el-Bared et une attaque des autobus de l’armée chargés de transporter les militaires permissionnaires au Nord du pays, sur la route principale près du village de Kalamoun.

Autour du camp de Nahr el-Bared, toutes les positions de l’armée libanaise furent attaquées par les éléments armés de Fath el-Islam qui sortirent du camp et envahirent ces postes isolés dont les membres se trouvaient au repos. Ce fut un massacre. 24 soldats périrent dans leurs lits.

Ailleurs dans la localité de Kalamoun, d’autres terroristes armés arrêtèrent des autobus militaires et firent descendre les soldats permissionnaires qui furent abattus par des rafales d’armes automatiques, avant d’être égorgés.

Les résultats de ces attentats sont les suivant:

24 militaires périrent dans les postes autour de Nahr el-Bared, et 7 autres furent abattus à Kalamoun. Il y eut également 15 blessés. Une trentaine de terroristes périrent dans cette première phase de la bataille.

 

A – Encerclement du camp de Nahr el-Bared par l’armée

 

Immédiatement après ces incidents, l’armée libanaise acheminait vers le Nord des renforts pour encercler le camp à savoir:

-La 5e brigade qui se trouvait sur place à Tripoli.

-Les bataillons de commandos marines et héliportés.

-Un bataillon d’intervention comprenant des unités des 6e et 7e brigades.

-2 batteries d’artillerie détachées des 1er et 2e bataillons d’artillerie.

-1 escadron de chars du 2e bataillon.

-Un élément de commandement et de service comprenant: un détachement de transmissions; des détachements du génie et du train; une antenne de la brigade médicale; une compagnie de la police militaire.

-Un troisième bataillon d’intervention fut chargé du maintien de l’ordre dans la ville de Tripoli, et d’assurer une base arrière sûre pour les unités chargées de la mission principale à savoir:

 

Dans une première phase:

Reprendre toutes les positions occupées par les éléments de Fath el-Islam en-dehors du camp de Nahr el-Bared.

 

Dans une deuxième phase:

Encercler le camp de tous les côtés et interdire aux éléments armés d’en sortir et limiter leurs déplacements à l’intérieur du camp.

 

Dans une troisième phase:

Anéantir l’organisation Fath el-Islam et traduire ses éléments devant la justice militaire.

 

Dans une quatrième phase:

Ratisser le camp de Nahr el-Bared (le nouveau et l’ancien) et le nettoyer des mines et explosifs.

 

B – Destruction de Fath el-Islam

 

Ces quatre phase des opérations furent menées à bien par les unités de l’armée libanaise qui employèrent toutes les armes dont elles disposaient. Cependant ces armes étaient relativement anciennes en comparaison avec l’armement sophistiqué et moderne dont disposait Fath el-Islam, à savoir: « Katiousha 107 mm, mortiers 82mm et 60 mm, RPG, canons antichars et artillerie, mitrailleuses Douchka 14.5 mm, et canons de 23 mm quadritubes, en plus des fusils très modernes pour les snipers (calibre 180 mm, capable de tirer jusqu’à 3000 m de jour, et jusqu’à 2000 m la nuit grâce à l’emploi des lunettes infrarouges). Des mines et des explosifs de tous genres furent abondamment utilisés.

 

Les opérations de l’armée commencèrent le 20 mai et se terminèrent le 2 septembre 2007 par l’anéantissement des éléments de Fath el-Islam et l’occupation du nouveau et de l’ancien camp de Nahr el-Bared par les unités de l’armée libanaise qui paya de 170 martyrs dans ses rangs, les pertes des terroristes s’élevèrent à 230 tués. C’était la première fois depuis 1973 que l’armée libanaise pénétrait dans un camp palestinien du Liban.

 

L’armée libanaise, au cours de ces combats, montra sa cohésion. Son action fut acclamée par le Liban tout entier.

 

L’arme décisive employée par l’armée pour réduire les dernières résistances fut l’hélicoptère « Gazelle » qui avait été transformé afin de pouvoir larguer des bombes de 400 kg dont dispose l’armée et qui étaient à l’origine destinées à équiper les anciens avions Mirage de l’aviation libanaise.

 

Ces bombes réussirent à détruire les fortifications du camp situées à 14 mètres en profondeur sous une couche de béton armé et de déblais de terre et qui s’étendaient en-dessous des bâtiments de l’ancien camp surtout, avec des accès à l’extérieur grâce à des souterrains. Tous les éléments de Fath el-Islam présents dans le camp furent tués ou emprisonnés par l’armée libanaise et les FSI et traduits devant la justice libanaise.

 

Cependant un nombre important d’entre eux réussit à sortir du camp lorsque les éléments de Fath el-Islam lancèrent 3 attaques simultanées dans le but de briser l’encerclement. La plupart furent capturés par la suite au cours d’un ratissage de toute la région.

 

D’autres, malgré la surveillance de la côte par des vedettes militaires, réussirent à quitter le camp par la mer et furent repris par la suite. Leur chef Chaker el-Absi échappa aux recherches.

 

A noter que la population civile du camp de Nahr el-Bared (31000 personnes) fut évacuée au début des combats pour être mise à l’abri dans le camp voisin de Beddaoui. Seule une soixantaine de femmes et d’enfants, composant les familles des combattants de Fath el-Islam, restèrent sur les lieux et ne purent quitter le camp qu’à la suite d’une trêve demandée par les combattants palestiniens, la veille de l’assaut final.

 

(Général Sami Rihana, « Nahr el-Bared: La bataille de 106 jours »)

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